AccueilGuidesÉviter les passoires thermiques
🏚️

Éviter les passoires thermiques

Villes avec le moins de logements énergivores, anticiper les interdictions 2025-2034. Guide pratique pour les acheteurs.

L'équipe Avis Commune11 min read

La loi Climat impose un calendrier strict : les logements classe G sont interdits à la location depuis 2025, les F le seront en 2028, les E en 2034. Pour les acheteurs et investisseurs, identifier les communes à risque est crucial.

🎯 Critères analysés

  • Taux de passoires < 15%
  • Logements performants > 20%
  • Dynamisme de rénovation
  • Aides locales

🏆 Top 10 des communes

1
Brest
29139 386 hab
78/100
2 100 €/m²
2
Rennes
35222 485 hab
75/100
3 800 €/m²
3
Nantes
44320 732 hab
73/100
4 200 €/m²
4
Angers
49157 175 hab
72/100
3 100 €/m²
5
Bordeaux
33260 958 hab
70/100
4 800 €/m²

Une passoire thermique, c'est quoi au juste ?

Le terme fait image, mais il recouvre une réalité très concrète qu'on mesure mal tant qu'on ne l'a pas vécue. Un logement classé F ou G au diagnostic de performance énergétique (DPE), c'est un logement qui laisse filer la chaleur l'hiver et entre la fournaise l'été. Murs non isolés, simple vitrage, vieille chaudière au fioul, combles ouverts à tous les vents : la chaleur que vous payez s'échappe par tous les interstices.

La traduction en euros est brutale. Un appartement de 70 m² classé G peut engloutir 2 500 à 3 500 € de chauffage par an, là où le même bien rénové en classe C tournerait autour de 800 à 1 100 €. Sur dix ans, l'écart se compte en dizaines de milliers d'euros. Et ce n'est pas qu'une question de facture : une passoire, c'est froid, humide, parfois difficile à chauffer correctement dans certaines pièces, avec de la condensation et des moisissures qui s'installent. Le confort de vie n'a rien à voir.

Le DPE classe les logements de A (excellent) à G (catastrophique), sur deux critères combinés : la consommation d'énergie et les émissions de gaz à effet de serre. Les classes F et G sont officiellement étiquetées "passoires thermiques", et ce ne sont pas de petits cas isolés : environ 15 à 17 % du parc français entre dans cette catégorie, soit plusieurs millions de logements.

Le calendrier qui change tout

Si ce sujet est devenu central pour les acheteurs, c'est à cause d'un calendrier légal qui resserre l'étau année après année. La loi Climat et Résilience interdit progressivement la mise en location des logements les plus énergivores :

  • 2025 : les logements classés G ne peuvent plus être proposés à la location (déjà en vigueur).
  • 2028 : ce sera le tour des classes F.
  • 2034 : les classes E rejoindront la liste des biens non louables.

Une précision qui rassure les propriétaires occupants : ces interdictions visent la location, pas l'habitation ni la vente. Vous pouvez parfaitement habiter une passoire ou la vendre. Mais un logement qu'on ne peut plus louer perd une partie de sa valeur, parce qu'il sort du marché locatif et que les acheteurs potentiels intègrent désormais le coût des travaux dans leur offre. La décote constatée sur les passoires à la vente atteint couramment 10 à 20 % selon les régions et le type de bien.

Pour un investisseur, le message est sans ambiguïté : un F ou G acheté aujourd'hui sans plan de rénovation, c'est un bien qui devient invendable à sa valeur dans quelques années. Pour un propriétaire occupant, l'urgence est moindre, mais le jour où vous revendrez, l'étiquette pèsera sur le prix.

L'audit énergétique, le document à exiger

Depuis 2022, la vente d'un logement classé F ou G impose un audit énergétique au vendeur — un document bien plus détaillé que le simple DPE. Là où le DPE se contente d'attribuer une note, l'audit propose un ou plusieurs scénarios de travaux pour faire monter le logement en classe, avec une estimation des coûts et des gains attendus.

C'est une mine d'or pour l'acheteur, à condition de le lire vraiment. Il vous dit, poste par poste, ce qu'il faudrait refaire (isolation des murs, des combles, changement des fenêtres, du système de chauffage, ventilation) et combien ça coûte approximativement. Vous arrivez donc à la table de négociation avec un chiffrage à la main, ce qui change tout : vous ne négociez plus "à la louche", vous négociez sur la base d'un document fourni par le vendeur lui-même.

Le piège à éviter : se contenter du DPE et découvrir l'ampleur des travaux après l'achat. Exigez l'audit dès que le bien est en F ou G, lisez les scénarios, et faites idéalement confirmer les montants par un artisan local avant de signer le compromis. Les estimations d'audit sont souvent optimistes ; un devis réel les corrige.

Lire un DPE avant d'acheter

Le DPE a mauvaise réputation, et en partie à raison : la méthode de calcul a été révisée en 2021, certains diagnostiqueurs travaillent vite et mal, et deux DPE sur le même bien peuvent diverger. Mais il reste l'outil de base, et on peut en tirer beaucoup en sachant le lire.

Regardez d'abord la double étiquette : la note énergie (les kWh consommés par m² et par an) et la note climat (les émissions de CO₂). Un logement peut être correct côté énergie mais mauvais côté climat s'il se chauffe au fioul ou au gaz ; c'est la moins bonne des deux qui détermine la classe. Ensuite, regardez la date du diagnostic : un DPE réalisé avant la réforme de juillet 2021 n'est plus fiable, exigez-en un récent. Vérifiez aussi la cohérence : un T2 ancien sans travaux affiché en classe C doit éveiller la méfiance, allez voir le détail.

Méfiez-vous enfin des biens "limites", classés D ou E. Un E acheté aujourd'hui sera concerné par l'interdiction de 2034 ; un D en bas de fourchette peut basculer en E à la prochaine révision méthodologique. La sécurité, pour qui veut louer durablement, c'est de viser au moins le C, ou d'acheter un E avec un plan de travaux financé et chiffré dès le départ.

Où se concentrent les passoires en France

Toutes les régions ne sont pas logées à la même enseigne, et la géographie du problème suit une logique assez claire. Le froid, l'ancienneté du bâti et le mode de chauffage sont les trois grands facteurs.

Le Nord-Est et le Massif Central concentrent une part élevée de passoires. Hivers rigoureux, parc ancien souvent mal isolé, chauffage au fioul encore répandu dans les zones rurales : la combinaison est défavorable. Des départements comme la Creuse, le Cantal, la Nièvre, ou certains secteurs de la Lorraine et des Ardennes affichent des proportions de F et G nettement au-dessus de la moyenne nationale. À l'inverse, le Sud et la façade atlantique s'en tirent mieux : climat plus doux, besoins de chauffage réduits, donc moins de logements basculant en mauvaise classe.

Un cas particulier mérite d'être cité : le Paris haussmannien. On imagine ces beaux immeubles en pierre comme des valeurs sûres, et ils le sont côté patrimoine. Mais leurs grandes hauteurs sous plafond, leurs fenêtres d'origine et l'impossibilité d'isoler par l'extérieur (façades protégées) en font fréquemment des classes E, F ou G. Un appartement de standing peut parfaitement être une passoire énergétique, et la copropriété complique souvent les travaux lourds. Le prestige de l'adresse ne dit rien de la performance thermique.

Notre score de performance énergétique s'appuie sur les données DPE agrégées par l'ADEME, commune par commune. Il révèle ces concentrations régionales, mais gardez en tête qu'à l'intérieur d'une même commune, un quartier de pavillons des années 1980 et un centre ancien n'ont rien à voir.

Le coût réel d'une rénovation

C'est le nerf de la guerre, et c'est là qu'on entend le plus d'approximations. Mettons des ordres de grandeur réalistes pour 2026, en sachant qu'ils varient fortement selon la région, l'artisan et l'état du bien.

| Type de travaux | Fourchette indicative | |-----------------|-----------------------| | Isolation des combles | 3 000 à 8 000 € | | Changement des fenêtres (appartement) | 5 000 à 12 000 € | | Isolation des murs par l'extérieur (maison) | 15 000 à 30 000 € | | Remplacement chauffage (pompe à chaleur) | 10 000 à 18 000 € | | Ventilation (VMC) | 2 000 à 5 000 € |

Pour faire passer un appartement de F à D, on est souvent dans une enveloppe de 15 000 à 40 000 €. Pour une maison qui part de G, l'addition complète (isolation murs, combles, fenêtres, chauffage, ventilation) peut dépasser 50 000 €. Ces montants effraient, mais deux choses les rendent plus supportables. D'une part, les aides : MaPrimeRénov', les certificats d'économie d'énergie, l'éco-prêt à taux zéro, et parfois des aides locales des collectivités peuvent couvrir une part substantielle, surtout pour les rénovations d'ampleur. D'autre part, la négociation à l'achat : un F décoté de 15 % vous laisse une marge pour financer une partie des travaux.

L'erreur classique reste de sous-estimer le chantier ou de le faire au coup par coup. Changer les fenêtres sans isoler les murs, c'est souvent gaspiller : la performance globale ne suit pas. Une rénovation pensée d'un bloc coûte plus cher d'un coup mais rapporte davantage de classes gagnées par euro investi.

Acheter une passoire pour la rénover : bonne ou mauvaise idée ?

Posée frontalement, la question divise, et la réponse honnête est : ça dépend, mais c'est rarement le bon plan pour un débutant. Acheter un F ou un G décoté, le rénover, et se retrouver avec un bien performant payé moins cher qu'un bien déjà rénové — sur le papier, l'opération est séduisante. Dans la réalité, elle se heurte à trois obstacles que les amateurs sous-estiment systématiquement.

Le premier, c'est le délai et le stress d'un chantier lourd. Une rénovation énergétique d'ampleur, ce sont plusieurs corps de métier à coordonner, des devis à comparer, des aides à monter dont les dossiers traînent, et un logement parfois inhabitable pendant les travaux. Pour un investisseur qui a déjà un métier et une vie, c'est un projet à part entière, pas une formalité. Le deuxième, c'est le dérapage des coûts : on découvre derrière une cloison une charpente à reprendre, un réseau électrique hors d'âge, une humidité plus profonde que prévu. La règle empirique des artisans, garder 15 à 20 % de marge sur le budget annoncé, n'est pas une coquetterie. Le troisième, c'est que la décote à l'achat ne couvre pas toujours les travaux : si le marché a déjà bien intégré le coût de rénovation, vous payez la passoire presque au prix d'un bien correct, moins le chantier — et la marge fond.

Quand est-ce que ça vaut le coup, alors ? Quand vous achetez avec une décote réelle et significative, quand vous avez le temps ou les compétences pour piloter, et quand l'audit énergétique confirme qu'un nombre limité de postes suffit à faire bondir la classe (typiquement, isoler des combles et changer un vieux chauffage peut faire gagner deux classes pour un budget maîtrisé). Pour un premier achat, mieux vaut un bien déjà en C ou D, quitte à le payer un peu plus cher : vous achetez de la tranquillité, et la tranquillité a une valeur.

Notre top 10 et ce qu'il faut en attendre

Le classement qui suit met en avant les communes où le parc immobilier est le plus performant énergétiquement : faible part de passoires, proportion notable de logements bien classés. C'est un bon filtre pour orienter une recherche, à condition de comprendre ce qu'une moyenne communale ne capte pas.

Une commune bien notée n'est pas une garantie pour le bien précis que vous visez : le centre ancien d'une ville par ailleurs performante peut concentrer des F et des G, pendant qu'un lotissement récent tire la moyenne vers le haut. Inversement, une commune moyennement classée peut abriter des quartiers neufs aux normes récentes parfaitement sains. Le DPE du logement précis prime toujours sur le score de la commune.

Pour cibler selon votre zone et votre budget, utilisez notre recherche personnalisée, et consultez la page méthodologie pour comprendre comment nous agrégeons les données DPE et leurs limites. Si vous investissez, notre guide investissement locatif aborde le DPE sous l'angle du rendement.

Reconnaître les limites de notre analyse

Le DPE est un outil imparfait, et il faut le dire clairement. La méthode a été révisée, certains diagnostics sont de qualité inégale, et nos données agrégées reflètent ces imperfections. Un score communal favorable réduit le risque de tomber sur une passoire, il ne l'élimine pas.

Surtout, ce guide ne remplace ni la visite, ni la lecture du DPE et de l'audit du bien précis, ni le devis d'un artisan. C'est le triptyque qui décide, pas une statistique régionale. Notre rôle s'arrête à vous éviter les zones où le parc est massivement énergivore et à vous donner les bons réflexes de lecture.

Si vous connaissez bien une commune et que nos chiffres vous paraissent décalés par rapport à la réalité du terrain, dites-le-nous à contact@aviscommune.fr. On vérifie, on corrige, et on crédite les contributions utiles.

Prêt à trouver votre ville ?

Utilisez notre comparateur ou notre recherche personnalisée.